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Fast fashion : une menace invisible pour la santé des consommateurs


La fast fashion est souvent mise en cause pour ses effets écologiques désastreux et les conditions de travail précaires qu’elle induit. Ses répercussions sur la santé des consommateurs sont en revanche insuffisamment explorées. Pourtant, les vêtements issus de la fast fashion - et plus encore de l’ultra-fast fashion - contiennent de nombreuses substances chimiques persistantes potentiellement toxiques.                   .

Des textiles saturés de substances toxiques

Tout au long du cycle de production des vêtements de la fast fashion - de la culture du coton à la mise en rayon - les fibres textiles sont soumises à des traitements chimiques intensifs. Les substances que l’on retrouve en plus grande quantité sont les pesticides, les colorants azoïques, les retardateurs de flamme, les résines, les agents antimicrobiens, les phtalates, les métaux lourds et les PFAS. Des analyses menées en 2024 en Corée du Sud sur des chaussures pour enfants vendues par SHEIN ont révélé qu’elles contenaient jusqu’à 428 fois la limite légale en phtalates2. D’autres études, notamment de Greenpeace, confirment une contamination significative dans de nombreux vêtements destinés aux enfants et aux adultes..

Des voies d'exposition multiples

Les voies d’exposition à ces substances sont multiples. Le contact cutané représente la principale porte d’entrée, notamment lorsque la peau est soumise à la chaleur, à la transpiration ou à des frottements répétés avec le vêtement. L’inhalation est une autre voie d’exposition pour les composés organiques volatils, tels que le formaldéhyde couramment utilisé pour conférer un aspect infroissable aux vêtements. Enfin, certaines substances dont les microplastiques pénètrent le corps par ingestion directe, via l’eau, l’air ou les aliments. Cette voie d'exposition concerne cependant davantage les articles de puériculture et produits destinés à la cuisine que les vêtements. 

Même à faibles doses, l’exposition chronique à ces substances induit un risque cumulé encore mal quantifié sur le plan toxicologique. La question est d’autant plus préoccupante lorsqu’il s’agit de femmes enceintes et de mères allaitantes.

Dermatites de contact

Les dermatites de contact figurent parmi les manifestations les plus fréquentes, généralement en lien avec les colorants (Disperse Blue 106, 124…), le formaldéhyde ou les résidus de lessive industrielle. Les lésions apparaissent dans les zones de frottement ou de transpiration et touchent plus particulièrement les enfants et les personnes présentant une dermatite atopique.

Effets hormonaux et perturbateurs endocriniens

Sur le plan endocrinien, plusieurs substances présentes dans les textiles ont démontré leur capacité à perturber le fonctionnement hormonal. Les phtalates altèrent la fertilité et le développement et augmentent aussi le risque de cancers hormonodépendants. Les PFAS sont impliqués dans des troubles thyroïdiens, métaboliques ou immunitaires. Les antimicrobiens tels que le triclosan ou les ammoniums quaternaires perturbent le microbiote cutané, avec des effets systémiques possibles. Les risques sont accrus chez les femmes enceintes, les enfants et les personnes exposées de manière chronique.

Substances cancérogènes

Certaines substances retrouvées dans les vêtements sont classées cancérogènes avérées ou probables par le Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS (CIRC). C’est le cas du formaldéhyde, associé aux cancers nasopharyngés et pulmonaires ; des amines aromatiques issues de colorants, impliquées dans des cancers de la vessie, du foie et du rein ; des métaux lourds comme le plomb et le cadmium, qui sont neurotoxiques et s’accumulent dans le système nerveux, les reins ou le foie, et sont impliqués dans des maladies chroniques.

Même à faibles doses, leur bioaccumulation au fil du temps augmente le risque d’effets systémiques.

Effets encore méconnus des microplastiques

Les microplastiques représentent un risque encore mal cerné, mais inquiétant. Libérés lors du lavage ou de l’usage des vêtements synthétiques (en polyester, acrylique et nylon), ces fragments se retrouvent dans le sang, le placenta, les poumons et même le cerveau humain. Ils peuvent provoquer une inflammation chronique, transporter d’autres toxiques, et déclencher des réactions immunitaires peu comprises à ce jour. Leur rôle dans les pathologies pulmonaires, cardiovasculaires ou neurodégénératives commence tout juste à être étudié.Il a déjà été démontré qu’un taux élevé de microplastiques se trouvait dans le cerveau de personnes souffrant de certains troubles cérébraux.

Risque de résistance bactérienne

Enfin, l’usage dans les textiles d’agents antimicrobiens comme l’argent, le triclosan ou le zinc pour limiter les odeurs et la dégradation bactérienne favorise la résistance croisée aux antibiotiques. Ces substances sont aussi à l’origine d’allergies, de perturbation du microbiote cutané et d’absorption transdermique avec effets endocriniens.

(Source: https://www.esanum.fr/today/posts/fast-fashion-une-menace-invisible-pour-la-sante-des-consommateurs; Dourado Pinto and Peleg Mizrachi ; The Health Impact of Fast Fashion: Exploring Toxic Chemicals in Clothing and Textiles ; 18 June 2025; Harrell ; A. Fast-Fashion Failure: Toxic Chemicals Found in Shein, Temu Shoes ;2024 Greenpeace ; Taking the Shine off SHEIN: A Business Model Based on Hazardous Chemicals and Environmental Destruction. ; 2022)


La mode en chiffres

100 milliards de vêtements sont vendus chaque année dans le monde.

60% des Français ont des vêtements qu’ils ne portent jamais.

700.000 tonnes de déchets textiles en France soit 11 kg par habitant et par an.

Seuls 12% des vêtements produits sont recyclés dans le monde.

• L’industrie textile est la 2ème industrie la plus polluante derrière le pétrole, et émet

1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année.

• Les Français achètent en moyenne 30 kg de textile par habitant et par an.

• 1 tonne de textile produite = 200 tonnes d’eaux polluées.

(Source : Fast-Fashion, Les dessous de la mode à bas prix - ARTE, 2021.)


Enfin s’agissant de la qualité de ces vêtements fabriqués dans de telles conditions et vendus à des prix aussi bas, pas étonnant que les résultats ne soient pas toujours au rendez-vous… Des analyses menées par les laboratoires de l’Institut Français du Textile et de l’Habillement sur 6 produits ont révélé qu’après 10 lavages à des températures respectant les consignes d’entretien on pouvait constater sur 5 d’entre eux une apparition importante de bouloches, des craquelures sur les imprimés, des déperditions de couleurs, une usure des coutures ou encore un rétrécissement de la taille allant de plus de 10 % pour un pull à près de 20% pour une blouse. D’après une étude menée par l’Obsoco en 2024 auprès d’un échantillon de 4 000 personnes représentatif de la population française âgée de 16 à 75 ans, plus des 3/4 des consommateurs déclarant connaître les produits de l’ultra fast-fashion considèrent que les vêtements ne sont pas de bonne qualité. Cette proportion atteint même les 92% pour une des marques de l’ultra fast-fashion.